Les verbes elfiques et leur conjugaison : guide du quenya et du sindarin
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Réponse rapide : les verbes quenya marquent le temps par une terminaison sur le radical — aoriste/présent, passé, parfait et futur (-uva) — et peuvent soit se placer à côté d'un pronom indépendant comme ni ("je"), soit porter un suffixe pronominal comme -nyë directement sur le verbe. Les verbes de base et les verbes dérivés en A (se terminant en -a, comme lanta- "tomber") se conjuguent avec des schémas vocaliques légèrement différents. Le sindarin utilise un système différent, moins pleinement attesté, impliquant la mutation et des temps passés largement irréguliers.
La plupart des guides qui promettent d'enseigner « la conjugaison des verbes elfiques » réduisent silencieusement deux langues distinctes à un seul tableau, puis comblent les lacunes avec des terminaisons inventées. Ce n'est pas ce que fait cet article. Le quenya et le sindarin sont deux langues elfiques distinctes, avec deux histoires verbales distinctes ; Tolkien a révisé ses propres paradigmes quenya plus d'une fois de son vivant, et le système verbal sindarin relève, honnêtement, en grande partie de la reconstruction. Ce guide s'en tient à ce qui est réellement attesté — dans Le Seigneur des Anneaux, les Etymologies, et les textes nommés de Parma Eldalamberon (PE) et Vinyar Tengwar (VT) — et dit clairement où s'arrête la piste.
Nous parcourrons le système des temps quenya tel qu'il est documenté, les deux classes verbales qui se comportent différemment, la manière dont les pronoms se fixent (ou non) au verbe, l'impératif, la négation, la manière dont le sindarin diverge, et des analyses ligne par ligne de phrases réellement attestées.
Deux langues, deux systèmes verbaux
Le quenya et le sindarin ne sont pas des dialectes d'une même langue elfique — ce sont deux langues elfiques qui ont divergé au cours de milliers d'années d'histoire interne, de la même manière que le latin a divergé en italien et en roumain. Le quenya est le plus formel, le plus pleinement documenté des deux : Tolkien a écrit des textes quenya suivis (la lamentation Namárië, plusieurs prières, des lettres privées) et a laissé des notes grammaticales étendues à son sujet dans les Etymologies et les revues PE/VT. Le sindarin est la langue effectivement parlée au quotidien par la plupart des Elfes de la Terre du Milieu au Troisième Âge, et elle apparaît dans Le Seigneur des Anneaux lui-même — mais presque toujours en courtes répliques, inscriptions et noms, pas dans des tableaux de paradigmes élaborés.
Cette asymétrie compte particulièrement pour un guide de verbes, car la conjugaison est précisément la partie d'une langue qui exige le plus d'exemples travaillés pour être fixée. Le quenya en possède assez pour qu'un paradigme réel (bien qu'incomplet) puisse être décrit. Ce n'est pas le cas du sindarin, et tout tableau qui prétend le contraire comble des lacunes avec des suppositions déguisées en grammaire.
Le système des temps quenya, tel que Tolkien l'a documenté
"Mae govannen" — want to actually speak Elvish?
Try It Free →Le système verbal quenya de Tolkien, tel qu'il subsiste dans ses papiers, marque quatre grandes catégories de temps directement sur le radical du verbe lui-même, sans aucun verbe auxiliaire « d'appoint » (il n'existe pas d'équivalent quenya de « aller » ou « avoir » placé devant le verbe principal comme en français).
Aoriste / présent général
L'aoriste exprime une action générale, intemporelle ou habituelle — plus proche de « brille » comme vérité générale que de « est en train de briller maintenant ». L'exemple le plus clairement attesté d'une forme présent/aoriste dans le corpus est síla, « brille », tiré du vers du Namárië Elen síla lúmenn' omentielvo — « Une étoile brille à l'heure de notre rencontre ». Notons qu'ici síla est donné directement comme forme au présent, non dérivée par une règle séparée ; c'est l'un des mots que le lexique de ce projet marque explicitement comme « présent » — src=LOTR.
Présent continu / réel
Là où l'aoriste marque une vérité générale, un présent à voyelle allongée ou étendue marque une action réellement en train de se produire. La preuve la plus claire de cette distinction dans les propres notes de travail de Tolkien se trouve dans PE17, où des formes en -a sont mises en contraste avec des formes d'aoriste à sens général/habituel.
Le passé
Le passé en quenya se marque de plus d'une manière attestée selon le verbe, le plus souvent par une terminaison construite autour de -në ou par un allongement de la voyelle radicale. Le mot au passé le plus clairement attesté de tout le corpus est Utúlie', « est venu » / « vint » — le vers de Frodo Utúlie'n aurë, « le jour est venu », que le lexique du site cite directement sous le verbe tulë (« venir », src=Silmarillion). Notons que Utúlie' montre aussi une réduplication de la syllabe initiale (tul- → tú-tul- → utúlie), signature non pas du passé simple, mais de la catégorie suivante.
Le parfait
Le parfait quenya se forme en redupliquant la première consonne-et-voyelle du radical et en la préfixant au verbe, puis en ajoutant une terminaison de parfait. Utúlie', évoqué plus haut, en est exactement l'exemple : le radical tul- (« venir ») se réduplique en u-tul- avant de prendre sa terminaison, produisant une forme qui se lit en français comme « est venu » — une action achevée avec une pertinence présente, ce à quoi sert précisément un parfait dans toute langue qui en possède un. C'est l'un des rares endroits où le véritable parfait rédupliqué de Tolkien subsiste dans une phrase réelle et publiée plutôt que dans de simples notes grammaticales, ce qui justifie qu'on s'y attarde.
Le futur
Le futur quenya est le temps au marqueur le plus constant, le plus fréquemment cité : -uva. Il apparaît directement dans le Namárië, dans le vers Nai hiruvalyë Valimar — « puisses-tu trouver Valimar » — où hiruvalyë se décompose en le radical hir- (« trouver ») + le marqueur de futur -uva + le suffixe pronominal de deuxième personne -lyë (« tu »). Nai lui-même, « qu'il en soit ainsi » (exprimant un souhait), est attesté séparément dans le même vers. Le marqueur de futur -uva est l'un des éléments les plus solidement attestés de tout le système verbal quenya, car il subsiste dans un véritable poème et non seulement dans une note grammaticale.
| Temps | Marqueur (tel qu'attesté) | Exemple | Traduction | Source |
|---|---|---|---|---|
| Aoriste/présent | radical + voyelle du présent | síla | « brille » | LOTR, Namárië |
| Passé/parfait | réduplication + terminaison | Utúlie' | « est venu » | Le Silmarillion |
| Futur | -uva (+ suffixe pronominal) | hiruvalyë | « tu trouveras » | LOTR, Namárië |
Si vous souhaitez voir la distinction aoriste/présent exposée avec davantage d'exemples de prononciation détaillés, Prononciation du quenya : le guide complet est un bon complément, car les terminaisons de temps sont précisément l'endroit où les règles de longueur vocalique du quenya comptent le plus.
Les deux classes de verbes quenya
Les verbes quenya de Tolkien se répartissent en deux grandes classes de comportement, et c'est l'une des structures véritablement utiles de tout le système, car elle explique pourquoi deux verbes qui ressemblent tous deux à des mots quenya ordinaires peuvent se conjuguer avec des schémas vocaliques légèrement différents.
Les verbes de base (primaires) se construisent directement sur une racine consonantique nue, sans aucun suffixe vocalique marquant le mot comme verbe. Car- (« faire, construire ») est un verbe de base — le radical est simplement car-, et le mot Cerin Amroth (« le tertre fait [pour/d']Amroth ») montre cette racine à l'œuvre dans un toponyme, src=PE17. Cen- (« voir »), mel- (« aimer »), hlar- (« entendre », avec la forme fléchie attestée Hlarin, « j'entends ») et le radical ant- d'anta- (« donner ») appartiennent tous à cette catégorie. Les verbes de base prennent en général leurs terminaisons de temps directement sur le radical consonantique nu.
Les verbes dérivés en A se terminent déjà en -a dans leur forme de citation, et ce -a fait partie du radical verbal lui-même, non d'une terminaison de temps — les terminaisons de temps de ces verbes s'ajoutent donc à l'ensemble du radical se terminant en -a. Le lexique de ce projet (tiré des Etymologies) en répertorie plusieurs directement : lanta- (« tomber », de la racine √DAT/LAT, donnant Atalantë, « la Déchue », le nom de Númenor après sa chute), ista- (« savoir », donnant Istari, « les sages », c'est-à-dire les Magiciens), auta- (« s'en aller, passer », racine √AWA), et linda- (« chanter, faire de la musique », racine √LIN2, donnant Ainulindalë, « Musique des Ainur » — le mythe de la création qui ouvre Le Silmarillion).
Pourquoi cette distinction importe-t-elle en pratique ? Parce que lorsqu'on voit un nom ou un mot quenya se terminant en -a qui ressemble à une forme verbale, on ne peut pas supposer que ce -a est un marqueur de temps comme on pourrait le faire pour un « -é » français. Pour un verbe dérivé en A, ce -a est incorporé à la racine, et le marquage réel du temps se produit ailleurs dans le mot (ou n'est tout simplement pas visible dans la forme de citation, puisque la forme de citation d'un verbe en A est souvent précisément sa forme d'aoriste). C'est aussi, accessoirement, la raison pour laquelle tant de noms propres quenya ont une forme verbale — un grand nombre de noms dans le légendaire de Tolkien sont littéralement des formes verbales figées (Atalantë, Istari, Ainulindalë ci-dessus en sont exactement des exemples).
| Classe | Schéma de la forme de citation | Exemple | Sens | Source |
|---|---|---|---|---|
| Base (primaire) | radical consonantique nu | car- | « faire » | PE17 |
| Base (primaire) | radical consonantique nu | quet- | « parler » | LOTR |
| Dérivé en A | radical se terminant en -a | lanta- | « tomber » | Etymologies, √DAT/LAT |
| Dérivé en A | radical se terminant en -a | linda- | « chanter » | Etymologies, √LIN2 |
Pour les lecteurs qui abordent le sujet par le vocabulaire plutôt que par la grammaire, Grammaire elfique : les bases du quenya traite des cas nominaux et de l'ordre des mots aux côtés de cette distinction de classes verbales, et mérite d'être lu en complément.
Suffixes pronominaux contre pronoms indépendants
C'est la caractéristique du quenya qui surprend le plus les francophones : le quenya peut incorporer le pronom sujet directement dans la terminaison du verbe, de la même manière que l'espagnol incorpore « yo » dans hablo, au lieu de nécessiter un mot pronominal séparé à chaque fois.
L'exemple le plus clairement attesté est de nouveau le vers du Namárië Nai hiruvalyë Valimar. Décomposons-le :
- Nai — « qu'il en soit ainsi » (particule de souhait), src=LOTR
- hir- — le radical verbal, « trouver »
- -uva- — le marqueur de futur
- -lyë — un suffixe pronominal signifiant « tu »
Il n'existe aucun mot séparé pour « tu » dans toute cette proposition — il est entièrement porté par la terminaison -lyë du verbe. Comparez cela au pronom indépendant elyë (« tu », emphatique), également attesté dans le même poème, et à le, le pronom objet de deuxième personne utilisé dans Mélan le, « Je t'aime » (vers d'Arwen à Aragorn, src=LOTR) — ici, le se présente comme un mot autonome car il est l'objet, et non le sujet, de la phrase.
Le tableau équivalent pour la première personne est documenté directement dans le lexique que ce projet maintient : le pronom indépendant est ni (« je »), et à ses côtés Tolkien enregistre -nyë comme le suffixe verbal correspondant à « je » — signifiant qu'un verbe quenya peut, en principe, porter « je » comme terminaison plutôt que de nécessiter que ni se tienne à côté, src=PE17. Cette paire -nyë/ni, avec -lyë/elyë pour « tu », constitue la preuve centrale dans le lexique de la façon dont fonctionne le système de suffixes pronominaux du quenya : les pronoms indépendants existent et servent à l'emphase ou comme objets, tandis que les suffixes sont le moyen plus économique, plus typique, de marquer un sujet directement sur le verbe.
| Personne | Pronom indépendant | Suffixe verbal | Attesté dans |
|---|---|---|---|
| je | ni / ninyë | -nyë | PE17 |
| tu | elyë (emphatique) | -lyë | LOTR, Namárië |
| lui/elle | se | — | PE17 |
| nous | ve | — | PE17 |
| te (objet) | le | — | LOTR, « Mélan le » |
Prudence avec se et ve : le lexique de ce projet les atteste comme pronoms indépendants (src=PE17), mais n'atteste dans aucun des extraits utilisés pour ce guide une forme de suffixe verbal correspondante — donc si vous voyez en ligne une terminaison verbale en « -ss- » ou « -lv- » revendiquée pour la troisième personne ou « nous », traitez-la comme une reconstruction personnelle, non comme quelque chose de directement montré dans ces sources.
L'impératif en quenya
Les ordres se forment en quenya avec la particule á placée immédiatement devant le radical verbal. Prudence avec cette preuve : l'impératif á provient des papiers linguistiques tardifs de Tolkien, non d'une phrase des romans. L'hymne « A Elbereth Gilthoniel » est souvent cité comme exemple et n'en est pas un — c'est du sindarin, et son a est une particule vocative s'adressant à Elbereth, non un impératif. Il n'existe absolument aucune phrase impérative propre en quenya dans le récit publié ; tout exemple pleinement impératif que vous verrez cité en ligne est soit du sindarin, soit reconstruit. Considérez la particule comme bien documentée dans les papiers et non attestée dans les livres.
Ceci est structurellement très différent de l'impératif sindarin qui (comme le couvre la section suivante) est une forme verbale distincte, non une particule séparée placée devant un radical inchangé. C'est une différence grammaticale réelle et significative entre les deux langues, non stylistique — c'est l'un des points les plus nets où les « règles du quenya » et les « règles du sindarin » ne peuvent pas être interchangées.
La négation en quenya
Le quenya nie un verbe avec le préfixe ú-, attaché directement au début du verbe. L'exemple le plus clairement attesté est le vers de Frodo lui-même « Ú-celin... », « Je ne vais pas... », src=LOTR — le préfixe négatif ú- fusionné au début du verbe, le suffixe pronominal étant porté sur le même mot au lieu de nécessiter une particule « non » flottant séparément dans la phrase. Le quenya possède aussi un adverbe négatif autonome, lá (« non », src=PE17), utilisé plutôt comme un « non » indépendant que comme un négateur attaché au verbe — les deux ne sont pas interchangeables, et les confondre est l'une des erreurs les plus courantes chez les apprenants (voir la section Erreurs courantes plus bas).
En quoi le sindarin diffère
Le système verbal sindarin diverge du quenya de façons qui vont au-delà du vocabulaire. Trois différences méritent d'être explicitées, car c'est précisément là que les apprenants tentent le plus souvent de forcer les règles du quenya sur le sindarin, et se trompent.
La mutation. Les mots sindarin — y compris les verbes — changent de consonne initiale selon le contexte grammatical, un trait appelé lénition (mutation douce) et ses apparentés, hérité de l'influence des langues celtiques que Tolkien a délibérément intégrée à la conception du sindarin. Le quenya ne fait absolument pas cela. La phrase attestée « Erin lû e-govaned vîn » (« à l'heure de notre rencontre », de l'inscription des Portes de Durin et de la version sindarin du Namárië du film, src=LOTR) montre des formes mutées partout — govaned lui-même porte une consonne initiale mutée par rapport à sa racine sous-jacente. Un apprenant qui tente de conjuguer un verbe sindarin comme il conjuguerait un verbe quenya, sans tenir compte de la mutation, produira des formes qui ne sont tout simplement attestées nulle part.
Beaucoup moins de paradigmes complets subsistent. Le quenya dispose du Namárië, de plusieurs prières et de notes grammaticales PE/VT étendues sur lesquelles s'appuyer. Le matériau sindarin suivi qui subsiste est bien plus mince : une poignée d'inscriptions (les Portes de Durin, le vers d'invocation du Balrog), quelques phrases et expressions éparpillées dans Le Seigneur des Anneaux, et les brefs échanges d'Aragorn et Arwen. Cela suffit à établir quelques formes individuelles claires — mais loin de suffire à reconstruire un paradigme complet et certain, temps par temps, de la manière dont le futur quenya en -uva peut être démontré avec de véritables preuves textuelles. Quiconque présente un tableau de conjugaison sindarin complet, avec chaque temps rempli pour chaque classe verbale, va bien au-delà de ce que les propres papiers de Tolkien permettent d'affirmer.
L'impératif est une forme distincte à part entière, non une particule. Là où le quenya ajoute la particule á devant un radical inchangé, les impératifs sindarin sont des mots formés de manière indépendante et propre : pedo (« parle ! », du radical ped-, « dire/parler » — l'ordre complet attesté est Pedo mellon a minno, « Parle, ami, et entre », inscription des Portes de Durin, src=LOTR) ; lasto (« écoute ! » — cri d'Aragorn à l'Amon Sûl, Lasto beth lammen !, « Entends les mots de ma langue ! », src=LOTR) ; daro (« arrête !/halte ! » — ordre de Haldir à la Communauté à la frontière de la Lórien, src=LOTR) ; et minno (« entre ! » — la seconde moitié du vers des Portes de Durin ci-dessus). Ces quatre mots comptent parmi les mots isolés les plus clairs et les mieux attestés de tout le corpus sindarin, précisément parce qu'ils figurent dans un dialogue réel et cité plutôt que dans une note grammaticale — ce qui signifie aussi que nous en connaissons le sens avec une confiance totale, même si nous ne pouvons pas toujours être certains de la façon dont ils ont été dérivés d'un radical, ou de l'apparence que prendrait la version « non impérative » du même verbe à chaque temps.
Au-delà de l'impératif, une poignée d'autres formes verbales sindarin sont directement attestées en contexte : tirn (« veilleur », substantif dérivé du radical verbal tir-, « surveiller/garder » — la même racine donne Minas Tirith, « Tour de la Garde », src=LOTR) ; tollon, « je viens » (de tol-, « venir », lié à Tol Eressëa, « l'île qui vint [en Valinor] », src=Silmarillion) ; padra, « marche », et padron, « je marche » (de pad-, « marcher/fouler », src=PE17) ; linnathon, « je chanterai » (futur, de lin-, « chanter », src=LOTR) ; et gi melin, « je t'aime » (déclaration sindarin d'Arwen à Aragorn, de melo, « aimer », src=PE17). Notons que plusieurs de ces formes — tollon, padron, linnathon — portent une terminaison de première personne qui rappelle structurellement, dans son esprit, le -nyë du quenya, même si le son réel diffère (-n/-on/-athon plutôt que -nyë). Ce parallèle (un pronom incorporé au verbe plutôt que placé à côté) est l'une des véritables similitudes de structure profonde que les deux langues conservent malgré leurs différences de surface.
| Forme | Sindarin | Traduction | Racine | Source |
|---|---|---|---|---|
| Impératif | pedo | « parle ! » | ped- | LOTR, Portes de Durin |
| Impératif | lasto | « écoute ! » | — | LOTR, Amon Sûl |
| Impératif | daro | « arrête !/halte ! » | — | LOTR, frontière de Lórien |
| Impératif | minno | « entre ! » | — | LOTR, Portes de Durin |
| 1re pers. présent | tollon | « je viens » | tol- | Silmarillion |
| 1re pers. présent | padron | « je marche » | pad- | PE17 |
| Futur | linnathon | « je chanterai » | lin- | LOTR |
Pour un aperçu plus complet de la structure nominale et phrastique du sindarin aux côtés de ses verbes, voir Grammaire sindarin : le guide complet et Grammaire elfique : les bases du sindarin.
Analyses détaillées de phrases attestées
Décortiquer mot à mot une poignée de vers réellement attestés est la manière la plus honnête de voir comment ces éléments se combinent véritablement — bien plus utile qu'un simple tableau de terminaisons.
Elen síla lúmenn' omentielvo (quenya, LOTR, inscription de Galadriel au-dessus de la Porte Ouest de la Moria, et ouverture du Namárië)
- Elen — « une étoile » (nom, sujet)
- síla — « brille » (verbe, forme aoriste/présent, sans besoin de suffixe pronominal puisque le sujet Elen est énoncé comme nom séparé)
- lúmenn' — « à l'heure » (forme élidée de lúmenna, « vers une heure »)
- omentielvo — « de notre rencontre » Ce vers montre que le quenya n'a pas toujours besoin d'un suffixe pronominal sur le verbe — lorsque le sujet est un nom explicite (Elen, « une étoile »), le verbe prend simplement sa terminaison de temps ordinaire, ici le présent nu síla.
Le hannon (sindarin, LOTR, Frodo à Gimli — « je te remercie »)
- hannon — « je remercie » (forme verbale de première personne)
- le — « te » (pronom objet, placé séparément, attesté directement dans le lexique de ce projet comme non remplaçable par nin : « le hannon, pas nin hannon » est explicitement le schéma correct attesté, puisque le est le pronom marquant l'objet utilisé avec ce verbe, et nin la forme plus générale « à moi/mon » utilisée ailleurs) C'est un exemple net de la manière dont le sindarin marque le sujet sur le verbe (hannon = « je remercie », première personne incorporée au verbe lui-même) tout en nécessitant encore un pronom objet séparé (le, « te ») à ses côtés — sujet sur le verbe, objet en mot séparé, dans la même proposition.
Mélan le (quenya, Arwen à Aragorn — « je t'aime »)
- mélan — « j'aime » (du radical mel-, « aimer », avec une terminaison de première personne au présent)
- le — « te » (pronom objet) Comparez cela directement à l'équivalent sindarin gi melin (également « je t'aime », vers sindarin d'Arwen à Aragorn, de melo) : les deux langues utilisent la même racine elfique sous-jacente pour « aimer » (quenya mel-/sindarin melo, toutes deux issues en dernier ressort de la même racine ancienne, et Mellon, « ami », dans l'inscription des Portes de Durin dérive lui aussi exactement de cette racine, src=LOTR) mais marquent la personne de façon complètement différente — le quenya suffixe -an au radical, le sindarin utilise gi comme pronom objet devant une forme verbale d'apparence différente, melin. Même idée, même racine, deux grammaires.
Im Narvi hain echant (sindarin, les Portes de Durin — « Moi, Narvi, je les ai faites »)
- Im — « je/moi » (pronom indépendant de première personne, attesté directement : « im Narvi = je suis Narvi », src=LOTR)
- Narvi — le nom du forgeron nain
- hain — « les » (pronom objet)
- echant — « fit » (verbe au passé) Contrairement à hannon ci-dessus, cette phrase sindarin utilise effectivement un pronom indépendant autonome (Im) plutôt que d'incorporer le sujet au verbe — un rappel utile que le sindarin, comme le quenya, dispose des deux options (pronom indépendant contre verbe marqué par la personne), et que celle utilisée dans une phrase attestée donnée n'est pas entièrement prévisible par une simple règle ; c'est simplement ce que Tolkien a écrit.
Ú-chebin estel anim (sindarin — seconde moitié du linnod de Gilraen à son fils Aragorn, LOTR Appendice A, « Le récit d'Aragorn et Arwen » : « je n'ai gardé aucun espoir pour moi-même »)
- Ú- — préfixe négatif, « ne...pas » (structurellement parallèle au ú- quenya, évoqué plus haut sous Négation — preuve directe que les deux langues utilisent un préfixe négatif apparenté, même si le reste de leur grammaire verbale diverge)
- chebin — « je garde » (forme mutée d'un verbe construit sur le radical heb-, « garder/tenir » — le h- initial a subi une lénition en ch-, exemple de la mutation évoquée plus haut)
- estel — « espoir » (nom, objet)
- anim — « pour moi-même » Ce vers mérite qu'on s'y attarde précisément parce qu'il montre la mutation sindarin à l'œuvre sur un verbe (heb- → chebin) au sein d'une phrase par ailleurs structurellement proche de quelque chose que le quenya pourrait aussi exprimer — un point de données véritablement utile pour voir où les deux langues convergent réellement (négation partagée en ú-) et où elles divergent (mutation propre au seul sindarin).
Erreurs courantes
Traiter le sindarin comme le quenya. L'erreur la plus fréquente, de loin, dans les contenus « elfiques » créés par des fans consiste à appliquer directement au sindarin le schéma de suffixes pronominaux -nyë/-lyë du quenya, ou sa particule impérative á. Le sindarin possède ses propres marqueurs de personne, différemment formés (schémas -on, -in, -athon vus plus haut), et ses propres formes impératives distinctes (pedo, lasto, daro, minno) plutôt qu'une particule impérative séparée. Si une phrase « sindarin » trouvée en ligne présente un á devant un radical qui ressemble simplement à du quenya, il s'agit très probablement de quenya déguisé en sindarin.
Inventer des terminaisons pour des verbes sans paradigme attesté. La plupart des verbes quenya et presque tous les verbes sindarin en circulation ne sont attestés que pour un seul temps, ou dans une phrase fixe unique. Il est extrêmement courant de voir en ligne des tableaux de conjugaison affichant avec assurance chaque temps pour chaque verbe, alors qu'en réalité seule une poignée de formes de ce verbe a jamais été publiée. Si vous ne pouvez pas pointer vers le mot précis attesté ou une source nommée (LOTR, les Etymologies, un numéro précis de PE/VT), les formes « manquantes » sont la supposition de quelqu'un, aussi plausible soit-elle.
Confondre les deux mots de négation en quenya. Ú- (préfixe, fusionné au verbe, comme dans Ú-celin et Ú-chebin) et lá (adverbe négatif autonome) ne sont pas interchangeables — les confondre produit une forme que Tolkien n'a jamais écrite.
Utiliser la mauvaise forme de pronom objet. Le sindarin en particulier est précis sur ce point : le lexique du site indique directement que le hannon est correct et nin hannon incorrect, même si le et nin peuvent tous deux se traduire vaguement par « me/te » en français — ils marquent des rôles grammaticaux différents et ne sont pas librement interchangeables. Avant d'utiliser un pronom objet sindarin quelconque, vérifiez de quelle phrase précise attestée il provient, plutôt que de supposer que n'importe quel mot ayant la forme d'un « me » conviendra.
Supposer qu'un nom est une forme verbale vivante et utilisable. Des noms comme Atalantë, Istari et Ainulindalë sont des formes verbales historiques figées (participes passés et noms de type gérondif), non des verbes que l'on peut librement re-conjuguer dans une nouvelle phrase. Ce sont d'excellentes preuves de la manière dont le verbe sous-jacent s'est comporté autrefois, mais utiliser Atalantë comme s'il signifiait simplement « tombe » dans une nouvelle phrase méconnaît ce qu'est réellement ce mot.
Pratique : identifiez la forme verbale
Essayez de travailler ces cinq phrases attestées avant de vérifier les analyses ci-dessus. Pour chacune, identifiez : (1) le verbe, (2) si le sujet est un suffixe sur le verbe ou un mot séparé, et (3) de quelle langue il s'agit.
- Elen síla lúmenn' omentielvo
- Le hannon
- Pedo mellon a minno
- Nai hiruvalyë Valimar
- Im Narvi hain echant
Si vous parvenez à séparer correctement le radical verbal de son marquage de temps/personne dans les cinq cas, vous avez une compréhension pratique réellement solide de la façon dont les deux langues marquent les verbes — davantage que la plupart des contenus « elfique pour débutants ».
Questions fréquentes
Comment conjugue-t-on un verbe en quenya ?
Les verbes quenya prennent une terminaison de temps sur le radical — aoriste/présent, passé, parfait (avec réduplication, comme dans Utúlie') ou futur en -uva — et peuvent en option porter un suffixe pronominal comme -nyë (« je ») ou -lyë (« tu ») au lieu d'utiliser un mot pronominal séparé. Le schéma suivi par un verbe donné dépend aussi du fait qu'il s'agit d'un verbe de base (radical nu) comme car-, ou d'un verbe dérivé en A comme lanta-.
Quels sont les temps verbaux en quenya ?
Le système attesté comprend un aoriste/présent général (síla, « brille »), un passé/parfait construit par réduplication (Utúlie', « est venu »), et un futur marqué par -uva (hiruvalyë, « tu trouveras »). Chaque temps n'est pas attesté pour chaque verbe individuel — de nombreuses lacunes dans un paradigme complet sont simplement inconnues, non comblées par une règle que Tolkien aurait consignée.
Le sindarin conjugue-t-il les verbes de la même façon que le quenya ?
Non. Le sindarin ajoute la mutation consonantique (visible dans chebin, de heb-), possède ses propres schémas de marquage de la personne, différents de ceux du quenya (tollon, hannon, linnathon), et forme son impératif comme une forme verbale distincte (pedo, lasto, daro) plutôt qu'avec une particule séparée. Beaucoup moins d'éléments du système subsistent dans les papiers de Tolkien, si bien qu'une bonne part de tout tableau sindarin complet relève de la reconstruction savante plutôt que de l'attestation directe.
Quel est l'impératif en quenya ?
Le marqueur d'impératif quenya le mieux documenté est la particule á placée devant le radical du verbe. Le sindarin n'utilise pas de particule équivalente — ses impératifs sont des mots formés séparément, comme pedo (« parle ! »), lasto (« écoute ! »), daro (« arrête ! ») et minno (« entre ! »), tous tirés directement de répliques prononcées dans Le Seigneur des Anneaux.
Comment dit-on « je » en quenya sans pronom séparé ?
Au pronom indépendant ni (« je ») correspond le suffixe verbal -nyë, attesté directement dans les papiers de Tolkien (src=PE17) comme le moyen par lequel « je » peut être incorporé dans une terminaison verbale plutôt que de se tenir à côté comme mot autonome. Les pronoms indépendants comme ni et elyë (« tu », emphatique) restent utilisés, typiquement pour l'emphase ou lorsque le sujet doit être énoncé clairement plutôt qu'implicite par une terminaison.
Pourquoi la grammaire verbale du sindarin reste-t-elle si incertaine ?
Parce que le matériau sindarin suivi qui subsiste est mince — une poignée d'inscriptions, quelques répliques de dialogue dans Le Seigneur des Anneaux, et des notes éparses — comparé au corpus bien plus fourni de poèmes, prières et papiers grammaticaux dédiés du quenya. Tolkien a aussi révisé son histoire linguistique interne plus d'une fois au cours de sa vie, si bien que même là où des formes sont attestées, elles reflètent parfois une version de sa conception évolutive du sindarin plutôt qu'un système unique, définitif et arrêté.
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- Grammaire sindarin : le guide complet — un parcours plus complet de la structure phrastique sindarin, y compris les règles de mutation seulement résumées ici.
- Grammaire elfique : les bases du sindarin — une entrée en matière plus douce si la discussion sur la mutation ci-dessus est allée trop vite.
- Prononciation du quenya : le guide complet — comment prononcer réellement à voix haute les terminaisons de temps traitées ici.
- Que signifie Namárië ? — une lecture complète, vers par vers, du poème d'où proviennent trois des exemples travaillés dans cet article.
Lire sur les terminaisons verbales ne mène que jusqu'à un certain point — le moyen le plus rapide de faire vraiment retenir -nyë, síla et pedo, c'est de les voir et de les utiliser à répétition dans de vraies phrases. Les leçons gratuites sur /learn construisent ensemble le vocabulaire et la grammaire quenya et sindarin dès la toute première leçon, sans aucune forme inventée — seulement ce que Tolkien a réellement écrit.
Questions fréquentes
Comment conjugue-t-on un verbe en quenya ?
Les verbes quenya prennent une terminaison marquant le temps directement sur le radical (présent -ë/-a, passé -ë/-në, futur -uva, parfait avec réduplication), et peuvent en plus prendre un suffixe pronominal comme -nyë (je) ou -lyë (tu) au lieu d'un pronom séparé. Les verbes de base et les verbes dérivés en A se conjuguent de façon légèrement différente, et Tolkien a révisé ces paradigmes plus d'une fois au cours de sa vie.
Quels sont les temps verbaux en quenya ?
Le système quenya attesté par Tolkien comprend un aoriste (présent intemporel/habituel), un présent continu, un passé, un parfait (avec réduplication du radical), et un futur en -uva. Le paradigme complet de chaque verbe n'est pas attesté pour chaque temps — certaines formes sont reconstruites par analogie.
Le sindarin conjugue-t-il les verbes de la même façon que le quenya ?
Non. Le sindarin descend d'une autre branche de l'elfique et ajoute la mutation consonantique ainsi que ses propres schémas de passé (dont de nombreux verbes forts irréguliers). Il subsiste beaucoup moins d'éléments du système verbal sindarin dans les papiers de Tolkien que du système quenya, donc une bonne part relève de la reconstruction savante plutôt que de l'attestation directe.
Quel est l'impératif en quenya ?
Le marqueur d'impératif quenya le plus clairement attesté est la particule á placée devant le radical du verbe, comme dans Á vala Manwë ("Que Manwë l'ordonne"). Le sindarin présente en revanche une forme verbale d'impératif distincte, visible dans des mots comme pedo ("parle !"), lasto ("écoute !") et daro ("arrête !").
Comment dit-on 'je' en quenya sans pronom séparé ?
Le quenya peut attacher un pronom directement au verbe sous forme de suffixe — au pronom indépendant ni ("je") correspond le suffixe verbal attesté -nyë, si bien qu'un verbe hypothétique comme mel- ("aimer") pourrait en principe porter -nyë au lieu de se placer à côté de ni. Les textes attestés de Tolkien montrent à la fois des pronoms indépendants (comme elyë, "tu", dans le Namárië) et des formes suffixées.
Pourquoi la grammaire verbale du sindarin reste-t-elle si incertaine ?
Parce que Tolkien a écrit beaucoup moins de prose sindarin suivie que de prose quenya, et qu'il a révisé son histoire linguistique elfique interne (y compris les formes prises par les verbes sindarin) à plusieurs reprises sur plusieurs décennies. La plupart des phrases sindarin complètes dont nous disposons proviennent d'une poignée d'inscriptions et de vers du Seigneur des Anneaux, et non d'une grammaire que Tolkien aurait publiée de son vivant.